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Infolettre - octobre 2025



Ce mois-ci, j’avais l’embarras du choix des sujets dont je voulais vous entretenir. Mais puisque je ne veux pas que cette infolettre devienne un roman, je me suis limitée. Mon introduction sera donc plus brève qu’à l’habitude.

 

Voilà, c’est fait. 😉

 

Bonne lecture!


La distorsion linguistique


Dans l’infolettre du mois dernier, je vous disais que je reviendrais sur la notion de distorsion linguistique. Je m’inspire ici de cet article (en anglais) sur la controverse autour des propos de Jimmy Kimmel sur Charlie Kirk. Qu’est-ce que c’est, au juste, la distorsion linguistique? En gros, il s’agit de déformer des propos pour manipuler les perceptions. Ainsi, ce qui devrait sembler banal devient monstrueux et ce qui est inacceptable devient excusable.

 

La première technique de distorsion est l’inflation du langage. Elle consiste à grossir un geste ou un propos ordinaire jusqu’à le rendre choquant. Par exemple, qualifier une critique satirique de « comportement le plus abject » donne l’impression que l’auteur a franchi une ligne rouge, alors qu’il ne s’agit que d’une blague. Résultat : la cible est punie de façon disproportionnée et sa crédibilité est attaquée.

 

À l’inverse, il existe l’atténuation du langage. Ici, des comportements répréhensibles – parfois discriminatoires ou contraires à l’éthique – sont enveloppés dans des formules élogieuses ou neutres. On parle alors de « franchise » ou de « courage » là où il serait plus juste de dénoncer des propos racistes, sexistes ou transphobes. L’effet est de protéger la personne fautive et de minimiser la gravité de ses gestes.

 

Pourquoi je vous parle de ce phénomène? Parce qu’il prend de plus en plus de place dans la sphère publique, notamment en politique. Le phénomène est très présent aux États-Unis, mais le Canada n’est pas à l’abri. Pour des exemples récents, je vous invite à continuer votre lecture sur cet autre article de blogue.


La distorsion des mots


Avez-vous remarqué que le terme « Antifa » (antifasciste) est en passe de subir le même traitement que le mot « woke »? Ces deux expressions dont la gauche se réclamait initialement ont été détournées pour devenir des insultes aux yeux de la droite. Ce n’est pas d’hier que le sens des mots évolue au fil du temps, mais ces deux exemples sont flagrants.


Mieux vaut en rire...


Pour rire un peu (jaune quand même) en cette période trouble, regardez cette vidéo intitulée Et si on posait les mêmes questions aux femmes et aux hommes?



Nouvelle norme sur le langage clair


Normes d’accessibilité Canada vient de publier une nouvelle norme sur le langage clair. À quoi ça sert, le langage clair? Contrairement à ce que les critiques vites sur la gâchette pensent, il ne s’agit pas de niveler le langage par le bas. En fait, le langage clair repose sur quatre grands principes :

 

Information pertinente

Est-ce que le contenu répond aux besoins?


Information facile à trouver

Est-ce que la rédaction et la présentation permettent un traitement facile et simple de l’information?


Information compréhensible

Est-ce que le contenu est compréhensible pour le public visé?


Information utilisable

Est-ce que le contenu peut servir concrètement?

 

Le langage clair présente donc de nombreux avantages, et ce, pas seulement pour les personnes aux besoins particuliers. Tout le monde peut bénéficier d’une information claire, pertinente et facile à repérer.


Analyse du rapport annuel de l’OQLF


J’ai épluché pour vous le dernier rapport annuel de l’Office québécois de la langue française. L’information qu’on y trouve – mais surtout celle qu’on n’y trouve pas – est intéressante. Voici donc les faits saillants, accompagnés de mes commentaires (en gras).

 

Au cours du dernier exercice, qui se terminait le 31 mars 2025, l’Office a délivré 3 362 attestations d’inscription, soit une augmentation de 60 % par rapport à l’année précédente.

Cela n’est pas étonnant, puisque les entreprises employant entre 25 et 49 personnes devaient s’inscrire avant le 1er juin 2025. Au 31 mars, seulement le tiers des entreprises nouvellement assujetties à la démarche de francisation s’étaient inscrites. On peut donc supposer qu’une certaine proportion de ces organisations sont aujourd’hui hors-la-loi.

 

Le nombre d’entreprises inscrites, quelle que soit leur taille, a donc augmenté de près de 25%. Moi, c’est mon inquiétude qui augmente ici. Pour avoir aidé de nombreuses entreprises au cours des dernières années, je constate que les dossiers de francisation accusent des retards importants.

 

Par exemple, des rapports triennaux (donc remis aux trois ans) restent lettre morte pendant deux ans. Ou encore des entreprises qui ont déposé leur analyse linguistique en mai 2024 attendent encore aujourd’hui qu’on leur donne l’heure juste. Les retards dans le traitement des dossiers étaient déjà importants avant la date butoir du 1er juin 2025, alors imaginez ce que ce sera avec tous ces nouveaux dossiers.

 

C’est sans compter les plaintes à traiter. Sur cinq ans, leur nombre a bondi de près de 140%. Les principaux objets des plaintes : langue de service, sites web et affichage. D’ailleurs au sujet de l’affichage, l’OQLF a annoncé s’être fixé comme objectif de réaliser 1200 inspections cette année.

 

Personnellement, c’est la première fois que je vois un tel objectif être annoncé sur la place publique. L’Office a toujours adopté une approche réactive, attendant généralement que le public dépose des plaintes avant d’intervenir. Cette nouvelle stratégie risque de justifier le surnom dont les anglophones ont affublé l’OQLF : language watchdog (chien de garde de la langue).

 

Le rapport contient également une section sur les résultats relatifs aux engagements portant sur les normes de service. L’OQLF s’y félicite d’avoir atteint toutes ses cibles en matière de service aux citoyennes et aux citoyens. Mais rien sur les niveaux de service aux entreprises qui attendent des mois et des années avant de savoir si leur certificat de francisation sera accordé ou reconduit.

 

Une occasion manquée de démontrer un véritable engagement et de l’empathie envers toutes ces organisations qui doivent se plier à de nombreuses exigences.

 
 
 

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