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Infolettre - novembre 2025



Comment allez-vous en cette fin de mois de novembre? La déprime saisonnière ne vous atteint pas trop, j’espère? Les raisons de se réjouir ne courent pas les rues, alors il faut puiser notre énergie dans les petits bonheurs du quotidien. Un samedi en pyjama, une marche dans la neige fraîchement tombée, un bon livre qui nous transporte.

 

Ces derniers temps, j’ai lu plus qu’à l’habitude. Il faut dire que je suis un peu moins occupée professionnellement, après un été très (trop) chargé. J’ai dévoré le très émouvant Ramener Léonard, de mon ancien collègue Patrick Roy. Je lis en ce moment Beau Dommage – c’est ben gravé dans ma mémoire de Jean-François Brassard. Un délice! J’ai aussi parcouru quelques ouvrages, articles et études sur différents sujets liés à la langue, dont je vous entretiens dans la présente infolettre et les prochaines.

 

Prenez soin de vous et bonne lecture!


J’ai lu pour vous


Je viens de terminer la deuxième édition de Discriminations : combattre la glottophobie, de Philippe Blanchet. Impossible pour moi de passer à côté d’un ouvrage qui traite à la fois de langue et d’iniquité. Après avoir parlé d’insécurité linguistique dans Les Affaires et dans mon infolettre d’avril, la glottophobie s’inscrit naturellement dans la suite.


Qu’est-ce que la glottophobie?

 

Philippe Blanchet la définit comme une discrimination fondée sur des formes linguistiques jugées « incorrectes » ou « inférieures ». On parle aussi de linguicisme : préjugés liés au vocabulaire, à l’accent, au débit, bref à tout ce qui façonne notre façon unique de nous exprimer.

 

La langue est un marqueur identitaire puissant. La façon dont on s’exprime fait partie de notre personnalité et est donc unique. Bien sûr, les langues sont normées, compréhension et cohésion obligent. Cependant, on oublie que les formes retenues l’ont été de façon arbitraire, à une époque et selon des critères désormais révolus. Les langues évoluent constamment, mais les règles de grammaire et d’orthographe ne suivent pas nécessairement. L’aspect arbitraire de ces normes est encore plus frappant quand il est question de communication orale (accents, débit, ton de voix, etc.).

 

La pureté de la langue : un idéal tenace

 

On tient énormément aux règles apprises à l’école, parfois à coups de règle (à l’époque pas si lointaine des châtiments corporels) et de « par cœur ». On veut protéger la langue, parfois au point d’oublier que son apprentissage n’a pas été facile. Serait-ce un petit syndrome de Stockholm linguistique? 😉

 

J’ai moi-même déjà été puriste (et je rechute parfois!). Je travaille consciemment à reconnaître mes biais linguistiques… et à ne pas juger les autres selon une norme qui m’a été transmise, mais qui n’est ni universelle ni neutre.

 

Des préjugés bien ancrés

 

J’observe beaucoup de condescendance envers les personnes qui ne maîtrisent pas parfaitement les règles. Dans les professions langagières, cette pression est particulièrement forte. Pourtant, une maîtrise « parfaite » n’est ni donnée à tout le monde ni nécessaire pour réussir sa vie.

 

J’ai récemment lu une critique acerbe du manque de maîtrise de la langue au Québec. La personne affirmait qu’il s’agissait d’un refus d’apprendre et constituait un handicap. Cette idée m’a profondément heurtée. Laissez-moi vous expliquer pourquoi.

 

J’ai deux fils. Pendant des années, j’ai tout essayé pour les aider à maîtriser le français écrit: école privée, dictées, chansons mnémotechniques, examens pratiques… Ils ont fait leur part, vraiment. Et malgré tous leurs efforts, certains éléments ne collaient tout simplement pas.

 

Aujourd’hui, ils écrivent comme beaucoup de jeunes de leur génération : en mélangeant les codes, en empruntant à l’anglais, en conjuguant de façon approximative. Est-ce que ça fait d’eux des citoyens de seconde classe? Bien sûr que non. Ils contribuent à la société, réfléchissent, argumentent. Leur valeur ne se mesure pas à leur conjugaison du participe passé.

 

De mon côté, j’ai toujours été nulle en maths. Et personne ne m’a jamais jugée pour ça. Pourquoi? Parce que ce « défaut » était invisible. Pourquoi alors juger quelqu’un sur une compétence linguistique, simplement parce qu’elle s’entend ou se voit?

 

En conclusion

 

Comme le dit si bien Philippe Blanchet : « Comment ne pas voir que rejeter une personne pour sa façon de parler, c’est la même chose que la rejeter pour sa religion, ses opinions, la couleur de sa peau ou de ses yeux, la forme de son nez ou de ses cheveux, sa façon de se coiffer, de s’habiller, de cuisiner, de vivre, son sexe et son orientation sexuelle, son poids, sa taille, sa mobilité, sa maladie…? »

 

Alors, de grâce : avant de juger le français des autres, souvenons-nous que leur parcours n’est pas le nôtre et qu’il mérite tout autant de respect.


Le langage inclusif en santé


Je suis tombée sur un article très intéressant (en anglais) au sujet d’un guide concocté par le Centre for Addiction and Mental Health (CAMH) de Toronto, à paraître en 2026. Pourquoi un guide sur le langage inclusif dans ce secteur d’activité? Parce que l’utilisation de mots justes dans les interactions avec la patientèle est une question de dignité et, par conséquent, de confiance.

 

La stigmatisation commence par les mots qu’on utilise pour nommer les gens et leur condition. Qualifier tel patient d’accroc à la drogue ou telle patiente d’instable mentalement, ça influence le sentiment de rejet et ça peut même mener à un désengagement envers les soins ou la thérapie. Le langage inclusif ne se limite pas au masculin et au féminin. L’inclusion passe aussi par la non-discrimination. Je surveille la sortie de ce guide pour vous!


Nouvelles règles encadrant l’affichage extérieur


Depuis le 1er juin, les commerces qui utilisent un nom ou une marque dans une autre langue doivent assurer la nette prédominance du français.Certaines grandes chaînes ont déjà commencé à s’ajuster :

 

Canadian Tire a ajouté des termes en français comme centre jardin, pièces et services et centre auto, et a retiré CANADIAN TIRE de son logo emblématique.



Walmart affiche maintenant son slogan (économisez plus, vivez mieux) et ajoute le mot cueillette à son affichage.



Old Navy installe de nouvelles enseignes incluant entrepôt et mode pour tous, en plus d’affiches entièrement en français dans ses vitrines.



Best Buy ajoute des mots descriptifs des catégories de produits qu’il vend à ses enseignes Express dans les centres commerciaux.



Des exemples qui montrent qu’on peut renforcer la présence du français sans dénaturer sa marque.


Mieux vaut en rire... bis


Pour faire suite à la vidéo que je vous présentais le mois dernier, voici un montage d'entrevues où on pose à des athlètes masculins des questions généralement réservées à leurs homologues féminines. Malaise...






 
 
 

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