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Diversité et inclusion : votre conseil d’administration est-il trop homogène?

Dernière mise à jour : 28 janv.

Il y a quelques semaines, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain désignait à la présidence de son conseil d’administration Vicky Joseph, première femme noire à occuper ce poste névralgique pour la communauté d’affaires de la métropole. Vicky Joseph soulignait alors que sa nomination «renforce l’engagement de l’organisation en faveur de la diversité et de l’inclusion au sein du milieu des affaires ». Cette nomination est en effet une très bonne nouvelle en matière d’équité, de diversité et d’inclusion. D’ailleurs, de nombreuses études démontrent que la diversité au sein de la direction stimule l’innovation, les résultats financiers, la créativité et l’engagement du personnel.


Organigramme montrant des silhouettes identiques

La langue, un aspect négligé de la diversité 


La diversité peut prendre plusieurs formes : origine ethnique, identité de genre, profil sociodémographique et bien d’autres. L’un des aspects négligés de la diversité au sein des conseils d’administration des entreprises canadiennes et québécoises, c’est la maîtrise des deux langues officielles. Selon le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC), «la langue est un attribut essentiel de la diversité de la collectivité qui est inscrit au cœur même de nos institutions démocratiques. Les entreprises doivent en tenir compte directement. C’est leur responsabilité sociale


Le professeur spécialisé en gouvernance de l’Université Laval, Ivan Tchotourian abondait dans le même sens dans un article de La Presse: «La diversité, on la met à toutes les sauces, mais pas pour la langue. C’est un signal assez maladroit. On ne voit même pas la question linguistique dans les listes qui vantent les qualités des administrateurs.» Selon le recensement canadien de 2021, une personne sur cinq déclare le français comme première langue officielle parlée. Logiquement, les grandes entreprises pancanadiennes devraient donner une place de choix au sein de leurs conseils d’administration à des personnes qui appartiennent à la communauté francophone et comprennent bien ses enjeux.

 

Une représentativité trop faible 


Mais on constate trop souvent que de grandes sociétés qui ont des intérêts tant sur les marchés anglophones que francophones ne comptent que très peu de personnes qui maîtrisent le français au sein de leur CA. C’est le cas notamment d’Air Canada et du Canadien National, deux organisations qui ont essuyé de nombreuses critiques en lien avec l’utilisation défaillante du français ces dernières années.


On se rappellera notamment qu’en 2022, à la suite du départ de Jean Charest, le Canadien National s’est retrouvé avec un CA où ne siégeait aucune personne francophone. Selon Richard Leblanc, spécialiste de gouvernance, de droit et d’éthique à l’Université York de Toronto cité dans La Presse, «cela envoie un signal aux cadres et travailleurs francophones qu’ils sont l’équivalent de citoyens de seconde classe. Le tiers des membres devraient être originaires du Québec». En effet, des études démontrent qu’il faut au moins une représentation d’un tiers pour qu’un groupe ait de l’influence au sein d’un conseil.

 

Critères linguistiques et grille de compétences 


Depuis plusieurs années, le MÉDAC soumet des propositions d’actionnaire en lien avec la langue auprès des organisations dont il est actionnaire. La proposition de 2023 était axée sur la divulgation des langues maîtrisées par les administrateurs et administratrices. Elle n’a pas été soumise au vote puisque toutes les sociétés que le MÉDAC a sollicitées, sauf deux, ont accepté de divulguer l’information. C’est un pas dans la bonne direction, mais le pouvoir du MÉDAC est limité aux entreprises dont il possède suffisamment d’actions. Peut-on espérer que d’autres organisations emboîteront le pas en incluant des critères linguistiques dans leur divulgation et leur grille de compétences? La volonté ne semble pas encore y être.


Avec le resserrement de la législation linguistique, tant au niveau provincial (Loi 96) que fédéral (C-13), les organisations n’auront pas le choix de faire du français une priorité. En ce sens, il serait probablement judicieux d’ajouter une composante linguistique aux compétences attendues des CA. Logiquement, la structure des conseils d’administration devrait tenir compte des langues parlées dans les communautés où les organisations exercent leurs activités. La présence de représentants et représentantes de la diversité, y compris de la diversité linguistique, témoignerait d’un souci envers les intérêts des diverses parties prenantes, un des critères de la bonne gouvernance.


Ce texte est paru initialement dans Les Affaires.

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